Soigner la psychiatrie, une urgence nationale

Dépressions, troubles bipolaires, autisme, schizophrénie… Face à ces drames humains, un silence assourdissant persiste, qui dit beaucoup de la perception de la psychiatrie dans notre pays. Celle-ci se situe aux confluents de la méconnaissance, des amalgames, des préjugés, du déni, de la honte.

Les auteurs ont ausculté l’organisation des soins en psychiatrie qui, en cinquante ans, est passée d’un idéal d’égalité, sur l’ensemble du territoire, à un dédale dans lequel plus personne ne se retrouve, même les acteurs les plus impliqués. Ils ont voulu raconter ce système qui craque de toutes parts et engendre de la souffrance pour les malades, leurs proches et les équipes médicales.

Ce livre, rédigé en lien avec des associations de patients, dressait déjà en 2018 un diagnostic de la situation de la psychiatrie française (organisation des soins, inégalités sociales et territoriales, enjeux économiques, recherche), bâti sur les études, les récits des patients, de leurs familles et des soignants. Il pointait également d’incroyables richesses humaines, initiatives et espoirs.

La santé mentale, une priorité nationale

Le 23 septembre 2019, l’assemblée nationale a mis en avant le besoin de repenser et accompagner la santé mentale, en publiant le rapport parlementaire Fiat et Wonner. Voici comment il introduit la question :

« La maladie mentale n’est pas une maladie comme les autres. Elle éloigne du groupe social, ce qui est sa gravité majeure. Mais elle nécessite aussi l’effort du groupe social pour élaborer ce qu’on appelle une guérison » Edouard Zarifian, Les Jardiniers de la folie.

« La psychiatrie est en crise, les soignants au bord – voire pour certains déjà – en épuisement professionnel et les patients en grande souffrance. L’OMS estime qu’une personne sur cinq sera affectée au cours de sa vie par un trouble psychique.

Selon les projections du Haut conseil de santé publique (HCSP), les maladies psychiatriques pourraient augmenter de 11 % d’ici 2020. Or, elles représentent déjà la première cause d’entrée en invalidité, et, avec 22,5 milliards d’euros, le plus gros poste de dépenses de l’assurance maladie, sans compter les comorbidités qui aggravent ce poids, devant le cancer (16,8 milliards d’euros) ou les maladies cardio-vasculaires (15,8 milliards d’euros). Les pathologies mentales constituent déjà un fardeau humain, social, économique. La demande en soins psychiatriques est en constante augmentation et croît de 5 % par an essentiellement en ambulatoire.

Les causes de la crise sont multifactorielles et largement partagées avec celles de tout le système de santé : inégale répartition des moyens, désertification médicale, difficultés d’assurer la continuité et la gradation des soins, engorgement des urgences, cloisonnement entre la ville et l’hôpital, cloisonnement entre les disciplines, entre le somatique et la psychiatrie et même au sein de la santé mentale elle-même. À ces éléments s’ajoute une organisation territoriale peu efficiente, extrêmement complexe, illisible et à bien des égards peu cohérente et peu ou mal coordonnée par la puissance publique. C’est pourquoi la mission préconise une réorganisation territoriale de l’offre de soins autour du patient, qui doit en plus être territoriale et en responsabilité populationnelle. »

A la question essentielle « l’hôpital psychiatrique, tel qu’il existe aujourd’hui en France, peut-il encore soigner les malades ? », les parlementaires répondent que « la filière psychiatrique, et en particulier la psychiatrie publique, est au bord de l’implosion, et la sur-occupation des lits est un fléau pour les patients comme pour les soignants ».

Ce rapport est transpartisan, ce qui se ressent à la lecture :

  • Martine Wonner(LRM) en appelle à davantage d’ambulatoire sans conditions, dans la droite ligne du gouvernement,
  • Caroline Fiat (FI) en appelle d’abord à une augmentation des moyens pour l’hôpital public et à une hausse du nombre de lits et de personnels soignants.
  • Caroline Fiat s’exprime contre les GHT, groupements hospitaliers de territoire, réputés contraindre le financement des services hospitaliers,
  • Martine Wonner affirme que ces derniers seront rapidement à l’équilibre.

Conclusion Le rapport insiste lourdement, dès son introduction, sur le nombre de rapports déjà parus faisant état des mêmes difficultés, et donc sur la nécessité d’une réelle volonté politique.

Au final, comment va la psychiatrie en France ?

L’organisation territoriale sectorisée pose question à deux titres 

a) La prise en charge des patients est inégale

L’organisation territoriale « extrêmement spécifique » de la psychiatrie, composée de secteurs géographiques, crée des inégalités dans la qualité de prise en charge des patients, en fonction de la localisation.

b) Le parcours des patients est complexe : un « millefeuille indigeste de structures et d’acteurs », qui met en réseau des acteurs très variés (publics, privés, de la santé, l’éduction, la police, la justice, les bailleurs sociaux…). Un « cloisonnement entre les disciplines » qui conduit à laisser les professionnels de santé, notamment les médecins généralistes, seuls face à des problèmes qu’ils ne sont pas toujours en mesure de gérer.

Il convient donc de plébisciter l’ambulatoire face à un système saturé.  Il est urgent d’agir et réagir : pour les soignants, la santé publique et les patients, sans oublier les pairs aidants,  tous en grande souffrance.

J’espère que mon récit à deux voix, « dix ans en psychiatrie, une spirale infernale », vous donnera envie d’ouvrir d’autres pistes. Je serai heureuse de recueillir vos commentaires, avis et idées. Merci à tous de votre soutien, partage de cet article et de mon livre. Chaleureusement, Muriel Rosset

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